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Du savon-noir et des hommes

Du savon-noir et des hommes


Fabriquer un savon « noir », c’est toute une histoire. D’abord parce que quand on est savonnier à froid, eh bien on travaille à froid. Et un savon noir, ça se fabrique à chaud, dans un chaudron en cuivre ; et ce depuis quelques bonnes centaines d’années.

 

Aujourd’hui, le « savon noir » est utilisé uniquement pour les travaux ménagers dans le sud de l’europe … parce qu’il est abrasif. On y rajoute de l’huile de lin, parce qu’elle fait briller les tommettes des maisonnettes marseillaises.

 

Aujourd’hui, et depuis des centaines d’années, le « savon noir Bledi » est utilisé dans les hammams du Maghreb et du Mashrek, où l’on se frotte le corps avec un gant de crin ou de loufa, une fois par semaine. On s’enduit le corps d’huile ensuite, parce que cela aide à régénérer la peau après le crin.

 

« J’aime quand on m’enduit d’huile »

 

Un « Savon Noir » (en fait, c’est le nom d’une méthode de fabrication, c’est pour ça que je met des « - ») se fabrique avec un corps gras – traditionnellement de l’huile d’olive, mais on peut y mettre ce que l’on veut, tant que c’est gras – et de la potasse. L’hydroxyde de potassium se retrouve en grandes quantités dans les cendres de fougères et de peau de bananes… et c’est pour cela que l’on parle de « savon noir » : avant la production industrielle de potasse, les savonniers mélangeaient directement les cendres avec de l’huile et un peu d’eau. Les cendres, outre de provoquer la saponification, donnaient une couleur noire à la pâte à savon. Aujourd’hui, un savon « noir », qu’il soit peu dilué (mou) ou fortement dilué (liquide) est rarement noir ! On va le trouver marron à Marseille, vert foncé au Maroc, translucide ailleurs… les teintes correspondent aux huiles saponifiées et à leur qualité, voire même à un traitement après saponification (ou l’on en profite pour prélever la glycérine – l’or cosmétique).

Quand j’ai créé mon premier « savon noir », pendant une démonstration à Seyne-les –Alpes, il est sorti … jaune citron. Je crois que je l’avais un peu raté, un peu trop fait monter en température. Il sentait (un peu) le graillon, la friture d’huile d’olive. Mais il était exceptionnel pour faire la lessive et la vaisselle du camion. Le linge sortait … mais doux ! La vaisselle … sans traces … dingue ! Les mains après la lessive et la vaisselle … d’une douceur …

 

Et là, c’est le drame. Oui, c’est à ce moment que le savonnier devient … obsessionnellement fou. Et obsessionnel. (Je l’ai pas déjà dit ?).

 

Je DOIS améliorer ce savon-mou-noir-mais-jaune.

Comment ? 

  1. Fignoler la recette par un surgraissage correct
  2. Contrôler la température de cuisson
  3. Bien comprendre les phases de prise
  4. Contrôler la phase de dilution
  5. Parfumer comme-au-Hammam.

 

Une frénésie s’empare de ma savonnerie et de mon être tout entier. Je suis savon noir. Je pense savon-noir. Je rêve savon-noir (mais oui, c’est vrai en plus, je me souviens d’un rêve dans lequel je croulais sous des tonnes de savon mou vert émeraude … passons …). Bref, je me décide à saponifier 1 litre d’huile d’olive, on va y aller doucement. 3 heures plus tard, les bras en compote, j’ai quelque-chose de verdâtre-blanchâtre, comme de la pâte à modeler. Ça sent bon le savon d’Alep … Je commence à diluer à l’eau de source, doucement, parce que je ne connais pas la dose…

 

 

Bon sang ! La dilution … c’est l’enfer … C’est looong ! Et pis ça mousse si je remue trop vite ! Doucement … voilà ! 2 heures plus tard (imaginez disputer un matche de tennis pendant 5 heures avec un brasero juste contre vous …) : j’ai plus de bras. Mais j’ai une pâte gluante vert émeraude. Je teste avec la langue, ça semble correct. Je teste le PH : 7,5. Ouah ! C’est bon !

Je m’en lave les mains …

 

… puis je rince, Ô … !

 

Encore quelques essais, des quantités de plus en plus grandes, et … voici … (vous remarquerez que mon bras droit est trois fois plus épais que le gauche. C’est moche, mais j’ai la peau douce, ça rattrape …)

 

Hé hé hé … je ne vous ai pas parlé du parfum … ? non ? C’est un mélange traditionnel du Maroc, 3 huiles essentielles, celle de tête, celle de cœur, celle de fond … mais ça, c’est secret …

 

 

 

Toi aussi tu veux tenter l’aventure du Grand Savon-Mou ? Eh bien, il suffit de le demander, dans les commentaires de cet article. Dès que j’ai 2000 demandes, je vous donne la recette (mais pas le parfum, hé …) !

 

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Commentaires: 1
  • #1

    valérie holtzer (mardi, 26 décembre 2017 12:26)

    eh cc, je prends le temps de découvrir ton nouveau site et ..... j'adore !!!! et oui je veux un savon noir de la yourte !!! j'espère simplement que vous viendrez me l'apporter
    bisous forts