Qui est le savonnier ?

 

Je m’appelle Clément Boutterin, je suis un humain tout comme vous qui lisez mes lignes, abstraction faite des robots de google et consort. Je suis fils et père, comme beaucoup d’êtres humains aussi. J’ai un âge ou l’on trouve que la vie – les vies – c’est chouette.

 

 

 

J’ai suivi de (très) longues études en géographie physique, en géomorphologie pour tout dire clairement. Je travaillais alors sur l’histoire des paysages naturels entre Buëch et Durance, dans les Alpes de Haute Provence et les Hautes Alpes. Je vous fais un petit encart ici pour vous parler de mes recherches et de ma science de formation. En gros, le paysage est pour moi un livre dont la traduction m’est facile.

 

 

 

Après quelques années de recherche scientifique, de professorat et d’enseignement en faculté, lycée et collège, en passant par l’organisation d’évènements culturels, la machinerie de baloches, la maçonnerie, la surveillance de la qualité de l’eau potable. Je suis devenu savonnier. Quel rapport ?

 

 

 

Aucun.

 

 

Il faut juste vivre sa vie.

 

 

 

Les savons liquides industriels me provoquaient quelques désagréments cutanés. Assez enclin au DYT (Do It Yourself) et aux bonnes bases en chimie de laboratoire, je me suis lancé dans une première saponification 100% huile d’olive. Autant vous dire que même si c’était un échec, mes désagréments cutanés ont disparu, mais ma peau n’est pas devenue riche et douce pour autant. J’ai créé une autre recette, puis une autre, puis encore une autre … la folie de la saponification est entrée en moi et depuis je n’arrête plus d’inventer.

 

 

 

J’ai effleuré la décision de créer une savonnerie en 2011, elle se serait appelée « Le petit Sigonce », village où je résidais. Il était trop tôt. En 2013, je saute. Un beau saut en longueur : je change de vie, quitte le petit village provençal et m’établis dans les montagnes provençales. Je prépare mes yourtes pour quitter définitivement le monde de la maison-grotte, je rencontre un Amour. Et je pars me former chez « Savonnille » qui m’offre le plus beau des cadeaux : la Connaissance dans un domaine que l’on aime. Cédrine, la savonnière, membre de l’ADNS, me forme en bulles et en législation, m’apprend à prendre mon temps. Depuis, je forme et transmet la saponification à froid à mon tour. Et ne cesse de dire qu’il faut prendre son temps.

 

 

 

Et comme un plaisir ne vient jamais seul, je trouve d’autres travails-plaisirs : je suis ici savonnier en SAF, mais aussi chercheur géomorphologue pour le Conseil Départemental des Alpes de Haute-Provence, et encore ouvrier agricole dans la vallée de l’Ubaye pour une éminente herboriste SIMPLE. Je reste yourteux avant tout, parce que la vie comme ça, semi-nomade, c’est un travail constant ou il faut tout faire en permanence. Et j’aime ça !

 

 

 

Des savons, des yourtes, des enfants, de l’Amour ; le tout dans une Nature que je lis comme un livre sans cesse en écriture…

 


Un savonnier géomorphologue ?

 

 

Oui, ça existe ! Et même que je peux vous donner mon titre de thèse : « Les feux et la morphogenèse postglaciaire dans les Alpes du Sud ». Mes recherches étaient centrées sur la région de Laragne-Montéglin, de la vallée du Buëch et de la Durance. Je tentais alors d’élaborer un parallèle entre les feux de forêt (naturels ou anthropiques) et les rythmes de l’érosion dans les petits torrents de ces beaux paysages. Ces travaux étaient dirigés pas Cécile Miramont (potière – géomorphologue à l’époque). Ils étaient profondément pluridisciplinaires, c’est à dire que l’on liait différentes sciences pour une même hypothèse : géomorphologie, anthracologie, dendrochronologie, palynologie et archéologie. Le travail se réalisait en trois temps : prospection et échantillonnage de sédiments datant d’entre -18 000 à -3 000 avant aujourd’hui (dans des marais ou des torrents), analyse en laboratoire, interprétation et transmission des résultats.

 

Je n’ai jamais perdu cette fibre. Mon travail auprès des équipes archéologiques des Alpes de Haute-Provence me permet de continuer la réflexion dans le cadre de fouilles de sauvegarde ; mais aussi je vis posé directement au-dessus de la Durance sur les anciens sédiments glaciaires du monstrueux glacier de la Durance.

 

 

 

Chaque matin, chaque jour, les galets multicolores sous mes pieds continuent à me chanter leur balade. Leurs stries, leur forme, leur émoussé, leur constitution sont autant de proses d’une histoire bien plus grande que celle des humains.

 

Chaque nuit, chaque soir, les éboulements résonnent à mes oreilles. Le craquement, l’impact, la volatilité aigüe des rocs qui roulent sur le versant sont autant de mélodies d’une histoire qui ne s’arrête pas à notre petite vie.